Le Dragon de la Citadelle Rouge

Posté le 5 février 2001 par AntiR (1447 mots)

Présentation du mythe

Le mythe du Dragon de la Citadelle Rouge (également connu comme celui du Triomphe de Georges) est l'un des plus célèbres du Comté éponyme.

Les écrits de la Citadelle Rouge décrivent son cas de la façon suivante :

En Sainte Fernande, par un matin de printemps, un vilain vint réclamer audience : "Patriarche, Patriarche !" dit-il, "Un Dragon ! Un Dragon est arrivé en la Citadelle ! Nous devons fuir avant que mort par le feu s'en suive !"

Le Patriarche répondit à la requête de son féal, déclenchant l'une des plus grandes chasses au dragon que la Cité ait connue.
"Allons, nobles chevaliers, accomplissez votre tâche et revenez-nous triomphant de cette bête immonde !"

L'histoire se souvint de ce dragon comme le plus grand fléau de Sainte Fernande.

Origines floues (XIIIème siècle)

Un dragon invisible...

Schéma des traces de griffes et brûlures supposément laissées sur le corps de Louis l'Affabulateur
Schéma des traces de griffes et brûlures supposément laissées sur le corps de Louis l'Affabulateur

À ce jour, il est connu que nul dragon n'a existé, ce qui rend, par défaut, ce mythe mensonger et démystifié. Sa particularité ne réside cependant pas dans la chasse et le triomphe d'un tel monstre, mais aux origines mêmes de ce récit.

Là où nombre de récits draconiques tirent leurs origines de chevaliers annonçant leur affrontement, de saints en devenir avertissant les populations locales ou même de rois cherchant à faire bonne figure, ici, le récit tire plutôt ses origines d'un simple féal.
On pourrait croire que sa requête venait d'un noble cherchant une gloire nouvelle, que le féal aurait coulé des jours heureux suite à sa requête et qu'aussitôt le dragon annoncé, ce dernier aurait été tué.
Mais il n'en était rien.

À la place, le fermier à l'origine du récit aurait succombé à de réelles blessures quelques jours après avoir demandé au Patriarche local de sauver sa famille et son peuple. La famille en question n'aura reçu aucune compensation et bien au contraire, ils insistèrent des années pour que leur proche ne soit pas mort en vain. Car, en effet, celui-ci était sévèrement blessé de coups de griffes et de brûlures qui ne devraient, pour l'époque, pas faire sens avec le contexte géopolitique de Sainte Fernande.

De même, alors qu'un récit de dragon aurait pour modèle classique "Au secours, au secours, un dragon va tous nous tuer" suivi d'un "En avant chevaliers, sauvons le peuple !" qui aboutirait à un "Nous avons atteint notre cible ! Remerciez-nous ! (Acceptez qu'on taxe un peu plus que prévu ce qui était tout le but d'un tel mensonge)" seulement quelques jours après, ici, le dragon ne fut jamais retrouvé, et le Patriarche de Sainte Fernande de l'époque ne tira aucun profit de cette histoire.

Donc où chercher la vérité ? Vers un Patriarche qui n'a jamais su en tirer quoi que ce soit malgré l'opportunité parfaite ? Vers un paysan qui serait simplement devenu dément ? Ou vers une réelle créature qui aurait habité notre monde ?

L'imaginaire d'un pipoteur

Beaucoup d'historiens s'accordent sur un point : le féal à l'origine de cette chasse aurait une réputation le précédant, celle d'un "catastrophiste".
Louis de la Meule, également appelé Louis l'Affabulateur par les récits de la Citadelle Rouge, avait souvent annoncé que de faux désastres s'abattraient sur Sainte Fernande :

Extrait de Louis l'Affabulateur, page 9 :

Entends-je? Est-ce les rats qui rampent en notre légendaire ville ? Épidémie ! Famine ! Tueries ! Nous allons tout voir ! Tout subir ! Craignez-les mes amis, notre Patriarche est en grand danger et vous ne tarderez pas à suivre !

Autre extrait de Louis l'Affabulateur, page 16 :

Des géants, je vous dis ! J'ai aperçu des géants gros comme des cathédrales ! Derrière ma ferme, alors que je sortais les grains fraichement meulés, ils étaient là ! À un pas de Sainte Fernande et je suis le seul à les avoir vus !

Pas ou peu de ses mensonges ne bénéficiaient vraiment au Patriarche de Sainte Fernande, et même le dernier d'entre eux que fut celui du Dragon n'était pas vraiment d'un grand bénéfice.

Certains théoriseraient donc que ce mythe parte d'un énième mensonge du pipoteur, et qu'il cherchait cette fois-ci l'attention du Patriarche. On pourrait supposer que ses blessures étaient dues à une punition de celui-ci, afin de rassurer son peuple, mais les faits qui suivront démentiront une telle hypothèse...

Multiples témoignages

Vitrail représentant les yeux du Dragon de la Citadelle Rouge (Vitraux de Mehoffer)
Vitrail représentant les yeux du Dragon de la Citadelle Rouge (Vitraux de Mehoffer)

Plusieurs témoignages différents décrivent le Dragon Rouge de la même façon : Haut comme un moulin, écailles rouge foncées, oreilles pointues, queue épinée et surtout un oeil rouge sang et un oeil d'une obscurité sans pareille. Si le reste de ces caractéristiques peut paraître anodine, cette paire de yeux restera particulièrement ancrée dans l'imaginaire collectif pour une raison que nul ne comprend.

2 points de vues s'opposent donc fondamentalement à ce sujet :

  • Soit on est face à l'un des plus beaux mensonges organisés qu'ait pu donner la Citadelle Rouge, bien qu'ils n'aient finalement eu aucun bénéfice à cette affaire
  • Soit une part de réel se cacherait derrière le cas du Dragon de la Citadelle Rouge.

Le triomphe de Saint Georges (XIVème siècle)

Réappropriation du mythe

Tableau représentant Saint Georges triomphant du Dragon de la Citadelle Rouge
Tableau représentant Saint Georges triomphant du Dragon de la Citadelle Rouge

En milieu du XIVème siècle, alors que l'histoire est devenue légende et que l'on se sert encore du dragon pour faire des petites frayeurs ou rappeler des menaces imminentes, le noble Chevalier Georges R. Ignavides se réapproprie le mythe et devient célèbre pour avoir abattu le Dragon qui terrorisait Sainte Fernande.

On dit qu'il partit seul à la chasse du dragon et revint avec les écailles de ce dernier, aujourd'hui exposées à Sainte Fernande pour célébrer la gloire du Second Saint de ces terres sacrées. Il est important de noter que des examens récents ont pu déduire que ces mêmes écailles provenaient en réalité de tortues à écailles rouges.
Ces écailles sont pour certains la preuve d'un miracle de la Citadelle Rouge, et pour d'autres le résultat d'un très long périple vers un marchand d'eaux douces.

Georges R. Ignavides épousa ensuite la princesse, fille unique du roi, en récompense de sa bravoure et fut canonisé en 1501 à titre posthume. Il fut inhumé aux côtés de la Sainte qui donne à ce village son nom.

L'étrange retour du dragon...

Si ce récit peut sembler se terminer comme n'importe quel autre, bien qu'avec beaucoup de retard, c'est un événement complémentaire qui précédait la victoire et la rendait justement possible qui permettra de conclure cet article : la seconde apparition du Dragon.

Encore une fois, alors que la vie suivait son cours au sein de Sainte Fernande, plusieurs personnes auraient aperçu le Dragon survoler leur village, disparaissant aussitôt qu'il apparût. C'est en réalité à la suite d'une panique totale que le Chevalier Georges décida de chercher à vaincre : il est tout aussi possible qu'il n'ait jamais forcé sa gloire sur le peuple et qu'au contraire, le peuple l'ait forcé à se forger une gloire.

Mystère irrésolu

La question demeure donc entière : si on a su prouver qu'aucune chasse au Dragon n'a porté ses fruits, les apparitions de ce dernier laissent croire qu'il y a réellement eu un jour un Dragon de la Citadelle Rouge.

Caractérisé par de rares mais marquantes apparitions, par son oeil rouge sang et son oeil ténébreux, ainsi que par sa taille démesurée, le Dragon de la Citadelle sera pour toujours connu comme le plus grand fléau de Sainte Fernande.
Et on craint aujourd'hui encore son potentiel retour...

Note d'AntiR

Si vous me permettez une anecdote personnelle, j'ai découvert ce mythe dans mon enfance, alors que je parcourais un petit livre de contes que m'avait offert ma grand-mère. Je me souviens avoir été fasciné par tout ce que ce simple dragon avait engendré : la peur qu'il inspirait, la fortune promise sur sa tête, les petits rituels locaux pour l'éloigner, ...

Mais je me souviens également avoir été profondément déçu d'apprendre qu'il n'avait jamais existé. Je ne suis pourtant pas tant du style à croire à ce genre de légendes, mais même sans y croire, il n'y avait aucune certitude de ne pas y croire. Ne pas avoir la foi ne signifie pas n'en avoir aucune, simplement qu'on ignore qu'on en avait une jusqu'à ce qu'on soit mis face aux contradictions qu'elle impliquerait.

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